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L'invention des Mascareignes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Norbert Dodille   
Jeudi, 14 Janvier 2010 02:39

 Dodille, Norbert, "L'invention des Mascareignes", Journal of Mauritius Studies, n° 1, special issue : Voyages, Spaces and Encounters in South West of the Indian Ocean, p. 1-25.
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L’apparition du mot « Mascareignes » et ce qu’il recouvre

Dans son Histoire des îles Mascareignes, Auguste Toussaint (1972, p. 7) nous rappelle à juste titre que le terme de Mascareignes, pour désigner les « îles sœurs » (et autres îles) ne date que des environs de 1825. Ce vocable, ajoute-t-il, n’était pas employé au XVIIIème siècle pour désigner soit les deux îles de la Réunion et de Maurice, soit un ensemble plus large. Cependant, son histoire se justifie par le fait que, selon lui, l’unité, avant tout française, des deux îles, s’est perpétuée bien après 1815, au point qu’il aurait aimé qu’on donnât le nom de « Franconésie » à cet « archipel[1] ».

Un rapide regard sur la littérature des siècles précédents nous confirme cette affirmation de Toussaint. Flacourt (1661, p. 267), par exemple, utilise le terme de « Mascareigne » pour désigner la seule île Bourbon : « J’ai renvoyé le navire [le Saint-Laurent] à Sainte-Marie et l’ai obligé à passer à Mascareigne pour en prendre possession au nom de sa Majesté très Chrétienne » et continuera à utiliser indifféremment les deux appellations. Dans son Voyage en île de France de 1768, le toponyme de Mascareignes n’apparaît jamais chez Bernardin de Saint-Pierre (1960, p. 39), seulement le nom de Mascarenhas. Pas de mot Mascareignes dans la Table de Malte-Brun , publiée en 1813, ni chez Billiard (1822) qui appelle parfois l’île Bourbon « Mascarin ».

C’est en 1821 que je trouve pour la première fois le terme dans son acception moderne dans l’histoire de John Leyden (1821, p. 258). Les Mascareignes, pour lui, englobent les « îles de France, de Bourbon, Rodriguèz et Cardagos ou Garajos ». On les retrouvera, avec la même compréhension, dans une réédition de Malte-Brun datant de 1845[2], ou chez Antoinette Drohojowska en 1885.

A partir de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, les Mascareignes sont réduites à deux îles : Dietrich , 1891 ; Eugène Gallois , 1908, ou les trois îles, comme chez Visdelou -Guimbeau (1948), Auguste Toussaint (1972) ou North-Coombes (1979).

Nous nous proposons d’évoquer les hypothèses de deux historiens concernant la découverte et la composition des Mascareignes, ce que nous appelons leur « invention » : Isodore Guët (1888) et Georges de Visdelou-Guimbeau (1948)[3]. En ce qui concerne Isodore Guët, il est remarquable qu’il ait été l’un des premiers, sinon le premier, à tenter, comme on va le voir, de fonder cette notion sur une construction historique. Quant à Visdelou-Guimbeau, il se place en un temps où la fondation historique a cessé d’être nécessaire, mais où l’entité Mascareignes est devenue une « réalité » encyclopédique désormais indéniable, un « objet » scientifique sur lequel on peut désormais travailler – fût-ce en historien[4] .

L’invention par les cartes

L’hypothèse Guët

Isodore Guët publie Les Origines de l’île Bourbon en 1888. Et la question particulière des origines des Mascareignes le conduit à une enquête des plus passionnantes, dont le but premier est de fonder le mérite de don Pedro de Mascarenhas dans la découverte des îles auxquelles il a laissé son nom. Cette enquête a deux aspects : l’un, cartographique, que nous allons analyser maintenant, l’autre narratif, que nous évoquerons dans notre seconde partie.

Comme Visdelou plus tard, force lui est de constater que les îles du sud-ouest de l’océan Indien ont été situées sur des cartes et nommées dès le tout début du XVIe siècle, soit avant même leur découverte par les Portugais. La première carte où elles figurent, selon Guët, est celle de Ruysch[5] en 1508. Bourbon y aurait été « Maroabyn » ou « Margabin », Maurice Dinarobin et Madagascar « Zurganar pour Dinacamar (l’île de la Lune) » (p. 4).

Mais la présence de ces îles sur les cartes, pour Guët, ne signifie en rien que les îles étaient connues des Européens à cette époque. Elles sont faites « d’après les indications des navigateurs arabes » (p. 34) ; Visdelou lui-même, soulignera qu’elles portent des « noms orientaux » (p. XII) provenant de pilotes arabes – sans autre précision que l’évocation du navigateur Suliman al Mahri – qui pouvaient avoir signalé l’existence de ces îles.

La seconde carte signalée par Guët où figure notre archipel date de 1529 : c’est celle de Diego Ribero. Cette fois, la carte porte bien la mention de Mascarenhas. Guët la reproduit dans son ouvrage (voir annexe).

En principe, une telle carte nous offre deux données, selon Guët : la découverte de l’archipel avant 1529, et le jour de la découverte, puisqu’on peut lire la mention de Sainte-Apollonie, soit le 9 février, ce qui serait conforme à la coutume des navigateurs portugais de baptiser les nouvelles terres du nom du saint correspondant au jour de leur découverte. Mais l’incertitude des cartes qui suivront semble, selon Guët, suggérer que les îles ont été plus ou moins perdues de vue, probablement occupées provisoirement par les Portugais, puis par les Hollandais, lesquels seront finalement chassés par les rats qu’avaient vraisemblablement apportés les Portugais et dont les Français auront ultérieurement le plus grand mal à se débarrasser. Il se sera passé un siècle, une période « nébuleuse » (p. 23) dont les cartes successives (Ruysch, Sébastien Cabot, Gérard Mercator, Ortelius, Drapper, etc. (p. 24)» donnent aux îles des positions et des noms contradictoires ou incompatibles : « Santa-Apollonia, Mascarenhas, Joan de Lisboa, Diego-Roïs, Mascarenae insulae, Los Romiros, etc. » (p. 25).

Guët remarque que les noms des îles sont plus nombreux que les îles elles-mêmes, et que les désignations s’accumulent sans se fixer. Maurice semble avoir reçu les noms de Santa-Apollonia, de Maurice (avec les Hollandais), mais aussi de Cerné.

Cet exemple est significatif. Cerné relève pour Guët d’une erreur de graphie, laquelle va engendrer d’autres erreurs, les cartographes se copiant les uns les autres sans toujours déchiffrer leur écriture, surtout lorsqu’il s’agit d’îles éloignées et d’un faible intérêt stratégique.  « Duval, ‘géographe du roi’ » (p. 26) écrit : « île du Signe ». D’où ce nom pourrait-il venir ? Des habitants hospitaliers qui feraient un geste amical depuis le rivage ? De l’île du Signe on passe à l’île des Signes. Il pourrait s’agir alors d’une inversion de lettres pour l’île des Singes, nombreux à Maurice. Mais les Signes peuvent aussi bien se transformer aisément, d’une carte l’autre, en Cygnes, dont on n’a en revanche, souligne Guët, jamais trouvé trace dans l’hémisphère sud. Notons que Visdelou consacrera un court chapitre à cette question en adoptant une démarche inverse : le mot Cirne est le mot portugais qui désigne le cygne, et les Portugais, comme l’ont fait les Hollandais après eux, auraient pu comparer le dodo à un cygne : de là l’île des Cygnes. Cela dit, une autre théorie pourrait renvoyer à la forme Cerne, utilisée par Pline pour désigner une île lointaine. On peut aussi penser, nous dit Visdelou, à une déformation de Orcine, « famille portugaise bien connue » (p. 29) ; cela dit, il ne faut pas oublier que les navigateurs qui découvrent l’île naviguaient sur le bateau d’Albuquerque appelé le Cirne. La thèse de Visdelou est finalement que le vrai découvreur de Maurice étant selon lui Domingos Fernandez, et le navire de celui-ci s’appelant Sta Maria de Serra, abrégé en Serra, les cartographes du XVIe siècle choisiront le nom du navire, plus court que celui du pilote. Je cite : « Au lieu de Serra, le cartographe Lazaro Luiz écrira ‘Sirne’ sur sa carte de 1563 et la faute sera répétée par d’autres, jusqu’à ce qu’enfin le nom devienne ‘Cirne’ » (p. 30).

On voit que si Visdelou tient à démêler l’écheveau des appellations diverses pour s’arrêter enfin à une hypothèse, voire à une affirmation, pour Guët, en revanche, la cartographie est une science fort incertaine sinon un espace de rêverie onomastique. Dès lors qu’une région échappe à l’attention des hommes et surtout à leur administration, les songes des époques antérieures, les folies du Moyen-Age et de Marco Polo reviennent à la surface : tout est possible, les noms dansent sur la carte et le mélange des lettres et des contours, la contamination de la lettre par l’espace des figures produit des effets de devinettes, de rébus, de fantaisies toponymiques.

Les choses peuvent aller loin : dans ce puzzle où les noms des îles dépassent en nombre celui des îles, on en vient, pour établir la vérité des cartes, à inventer la réalité. S’il y a moins d’îles que de noms, c’est qu’il manque une île, tout simplement, et qu’il faut donc l’aller chercher.

C’est ainsi que, d’après Guët, on va se mettre en quête de l’île de Joan de Lisboa, qui figure sur les cartes, mais qu’on n’a jamais vue. Ou du moins les descriptions qu’en donnent ceux qui prétendent l’avoir aperçue sont parfaitement contradictoires et correspondent alternativement, soit à l’île Bourbon, soit à Maurice, soit à Diego Garcia… mais comme il faut bien que la lettre l’emporte, on va jusqu’en « haut lieu » nous dit Guët (p. 29) chercher des renforts. On rêve des richesses de cette île, on veut s’y établir, et même, affirme notre auteur, on se réserve un droit de préemption sur sa découverte. « M. Forval de Grenville, habitant de l’île de France » aurait obtenu une concession en bonne et due forme en 1781.

Notre auteur, pour sa part, préfère en revenir aux portulans. Il est sensible aux extravagances de la cartographie. Il sait que les relations entre les lieux figurés et les noms qui les accompagnent sont susceptibles d’erreurs d’interprétation. Que l’on dessine sur un parchemin sur lequel aussi on écrit. Ce mélange d’écriture et de représentations physiques est à ses yeux un objet de suspicion.

Il observe (p. 34) que depuis la carte de Ruysch s’est développé une sorte de système à variables limitées ; d’une part, l’archipel est composé de trois îles disposées en triangle. De l’autre, il y a généralement quatre noms à placer : « Santa-Apollonia, Joan de Lisboa, Mascarenhas et Diego Roïz ». La quatrième île ayant été éliminée par l’expérience, il restait à découvrir la clé de l’énigme.

Celle-ci est relativement simple, pourvu qu’on fasse appel à la sagacité d’un observateur qui a compris qu’une carte est à la fois un dessin et un texte, une superposition de texte et de dessin régie par la contrainte unique d’un espace à deux dimensions. À  quoi il faut ajouter un zeste de bon sens : pour un navigateur pressé comme Mascarehnas, comme on va le voir plus loin, était-il si important de donner un nom à chacune des îles – désertes – rencontrées, ou bien suffisait-il de les nommer en vrac, à titre d’archipel ? Le navigateur (et vice-roi des Indes) aurait fait porter sur les cartes l’inscription suivante (traduite en français) : « sous le règne de Joan III, roi de Portugal, Mascarenhas de Lisbonne a rencontré cet archipel le jour de Santa Apollonia » (p. 35). De là que, selon la disposition des termes, et la position des îles dans le triangle, Bourbon a pu s’appeler tantôt Joan de Lisboa, Mascareigne ou Mascarin, Maurice Santa-Apollonia, et Rodrigue hériter du nom du pilote du navire[6].

L’hypothèse Visdelou-Guimbeau

En 1948 paraît l’étude de Visdelou-Guimbeau qui tend à mettre en évidence la date de découverte des îles Mascareignes à partir d’une étude attentive et subtile de cartes anciennes souvent peu connues, voire ignorées avant lui, et en particulier par des historiens du XIXe siècle comme Guët.

Ses travaux de recherches l’ont amené à découvrir des cartes ignorées par ses prédécesseurs. En particulier le premier document cartographique mentionnant l’archipel : le portulan dit « Alberto Cantino [7] » (1501-1502) qu’il reproduit dans son ouvrage, p. 5 (voir annexe). On se souvient que la première carte signalée par Guët est celle de Ruysch, de 1508.

On reconnaît bien les trois îles en forme de pièces de puzzle qui figureront encore, mais déplacées ou altérées dans le portulan de Ruysch[8].

Alors que Guët ne trouve la mention des Mascareignes, ou du moins celle de Mascarenhas qu’à partir de 1529 (Diego Ribero), Visdelou a découvert des portulans plus anciens comportant le nom de Mascarenhas : celui de Lopo Homem publié en 1519 et conservée à la Bibliothèque nationale de Paris ; le portulan de Jorge Reinel, datant de 1520, appartenant à la « Bayer Areebibliothek » de Munich.

Visdelou consacre un chapitre aux cartographes officiels à Lisbonne, père et fils, Pedro Reinel et Jorge Reinel, dont la plupart des œuvres furent détruites par le tremblement de terre de Lisbonne et le raz-de-marée qui ravagea la ville en 1755.

Il reproduit le portulan de Lopo Homem, qui fait partie du fameux Atlas Miller conservé à la bibliothèque nationale (nous utilisons, de préférence à celle qu’il publie, la version couleur de la BNF).

Visdelou catégorise en deux groupes les cartes anciennes concernant l’archipel des Mascareignes : celles qui utilisent la nomenclature « d’origine sanscrite » (p. 9), et celles qui succèdent aux visites des Portugais, à partir de 1517 et adoptent une toponymie portugaise (Pedro Reinel , Lopo Homem, Jorge Homem).

La surprise vient du fait que dans sa carte de 1517 (Munich), Pedro Reinel a tout simplement fait disparaître les Mascareignes, ou les îles à l’est de Madagascar que nous dénommons ainsi, alors qu’elles figuraient dans toutes les cartes antérieures (au moins six, nous précise Visdelou !)

La position de Visdelou est claire : Pedro Reinel est un cartographe consciencieux, il a préféré gommer de ses cartes les indications anciennes concernant les îles situées à l’est de Madagascar en attendant des confirmations des navigateurs portugais, dont il a eu vent des découvertes récentes, sur leurs positions et toponymes. Et, progressivement, scientifiquement, on verra les îles apparaître une à une sur des cartes graduellement améliorées.

Ainsi, dans sa carte de 1518 , Reinel ajoute, selon les dernières informations fournies, une île à l’orient de Madagascar : l’île Santa Apolonia (voir annexes)

En 1519, le progrès étant décidément rapide et irrésistible, Lopo Homem va « placer une seconde île et rectifier la position de la première » (p. 10)  (voir annexes)

Puis, en 1538, le portulan de la bibliothèque de Wolfenbüttel va ajouter la troisième île : on va donc tout droit et scientifiquement vers l’invention des Mascareignes à trois îles (voir annexes)

 

On l’a compris, tout au contraire de Guët, Visdelou a une ferme croyance en la véracité et la scientificité des portulans ; ceux-ci, indubitablement, vont dans le sens positif du progrès, et les cartes les plus récentes annulent les cartes antérieures, de même que les cartes les plus anciennes sont indubitablement des preuves que l’on peut avancer pour déterminer l’antériorité d’une découverte ou d’une localisation. Certes, Visdelou doit bien constater que, pour des raisons historiques, il arrive à la cartographie de régresser : soit que les cartes se soient perdues, soit qu’elles aient été conservées au secret, soit que l’éloignement des cartographes, ou leur manque d’intérêt, une fois encore, pour ces petites îles inoccupées ou sans richesses, les aient amener à en traiter la représentation et la nomination avec légèreté. Il en donne un exemple probant avec la carte de Mercator, dont l’atlas de 1569, s’il représente un notable progrès en raison de l’invention de son système de projection, donne une représentation de Madagascar et des îles avoisinantes en retrait par rapport à la carte de Lopo  Homem.

Cependant, c’est bien sur deux conceptions opposées de la cartographie, celle de Guët et celle de Vsdelou-Guimbeau que vont se constituer deux conceptions de l’histoire.

L’invention par les hommes

L’hypothèse Guët

Le scepticisme de Guët à l’égard des confusions de la cartographie a pour contrepartie sa confiance dans la nature aventureuse de l’homme et dans les possibilités infinies des aléas de sa destinée. A l’âge d’une expansion coloniale dont l’ouvrage de Guët célèbre les nécessités, l’invention des Mascareignes doit être liée à la fois à l’identité d’un capitaine, d’un héros qui préfigure les aventuriers majeurs de l’exploration précoloniale, d’une figure tutélaire, -- et d’un enchaînement de circonstances où se confrontent les hommes et la nature, les hommes entre eux, et les circonstances hasardeuses qui remettent en jeu les uns et les autres, les uns contre les autres. Guët, pour ainsi dire, va créer un récit des origines qui tresse la couronne de lauriers de Mascarehnas avec les éléments d’un décor, de personnages et d’un scénario magnifiquement monté.

Ce scénario est motivé par une enquête historique, dont le résultat doit être de déterminer la date précise de la découverte des Mascareignes, dont on a vu qu’elles constituent, aux yeux de Guët un archipel au fond assez indéterminé, du moins au yeux du navigateur, un ensemble d’îles qu’il serait le premier Européen à avoir découvert. Du point de vue de l’histoire universelle, retrouver une telle date n’a guère d’importance, puisque ces îles n’ont pas été d’abord occupées, ou l’ont été sporadiquement, -- elles n’ont pas fait l’objet de revendications ou de contestations ou de partage entre États avant le XIXe siècle. Mais selon l’optique de l’histoire coloniale, dans la perspective téléologique d’une progressive occupation non seulement matérielle, mais surtout intellectuelle et spirituelle de l’ensemble de la planète par une population qui se sent poussée par son destin comme un navire par le vent qui le meut, il ne saurait être question de négliger ni les hommes comme Mascarenhas, qui s’inscrivent dans la longue file des héros de la découverte et de la colonisation, ni les dates qui permettent de repérer les faits de l’histoire du monde et de les ordonner à partir d’un calendrier qui scande avec une précision méthodique le progrès humain. Tel est l’enjeu de l’enquête d’Isodore Guët.

Nous allons en résumer les principaux traits.

Grâce au nom de Sainte Apollonie, comme on l’a vu plus haut, Guët a acquis la certitude que Pedro de Mascarenhas, si c’est bien lui, a découvert les Mascareignes un 9 février. C’est un atout important.

Il faut ensuite explorer de près la biographie de Mascarenhas, qui a été établie par Osorius , et isoler Pedro (né vers 1495) parmi les membres d’une famille nombreuse et illustre. Dès lors, Guët peut décrire la carrière rapide et irrésistible de Pedro, lequel, très tôt, par le jeu conjugué des circonstances, de son sens de l’initiative et de son courage, s’est vu nommer par d’Albuquerque gouverneur de Cochin. Lors de combats épiques dans la région de Goa, où un certain Rozalcam s’est révolté contre la tutelle portugaise, Pedro se « couvre de gloire », et est nommé gouverneur de Goa par Albuquerque en 1513. Puis, après la mort d’Albuquerque, en 1515, Pedro de Mascarenhas est rappelé au Portugal, et va continuer une brillante carrière au Maroc.

Ce monde que nous décrit Guët est bien à l’image (et fonctionne sur le modèle) du futur monde colonial : « A la date du 10 février 1524, écrit joliment notre auteur, [le roi Jean III de Portugal] signe ce que nous appellerions aujourd’hui une promotion » (p. 11). Vasco de Gama est nommé vice-roi des Indes. Et, comme il est vieux, des lettres secrètes ont prévu trois éventuels successeurs dans un ordre inconnu des intéressés : Henri de Ménezès, en première place. Pedro de Mascarenhas en seconde. Lopez de Sampajo en troisième position. Une flotte de quatorze navires emmenant le vice-roi et ses successeurs se rend à Goa dans des conditions difficiles, et Gama meurt peu de temps après son arrivée.

Henri de Ménezes lui succède, mais il meurt à son tour en 1526 d’une blessure au moment où Pedro, qui devait lui succéder, était parti guerroyer à l’île de Bintam, d’où il revient vainqueur à Goa. Mais voici que Lopez de Sampajo lui conteste sa place dans le rôle de succession à la vice-royauté des Indes. S’ensuit un imbroglio judiciaire à la suite duquel, voulant à tout prix éviter un affrontement, Pedro de Mascarenhas part pour Lisbonne fin décembre 1527, et fait reconnaître ses droits par Jean III.

Ce premier élément, le conflit humain, où notre héros est victime d’une injustice, entre pour beaucoup, comme on va le voir, dans la découverte des Mascareignes et l’établissement de la date de cette découverte.

L’élément naturel n’est pas moins important. La détermination de la date de la découverte est liée à la question de savoir si celle-ci a été faite lors d’un voyage aller (vers l’Inde) ou d’un voyage retour. Or le 9 février est située dans la période de la mousson Nord-Est, seule compatible avec un voyage de l’Inde vers l’Afrique[9].

De plus, on sait que les navigations des Portugais vers l’Inde se faisaient ordinairement selon le chemin adopté par Vasco de Gama, c’est-à-dire le contournement du Cap de Bonne Espérance, et le passage par le canal du Mozambique, où l’on pouvait trouver à se rafraîchir. Malgré les progrès incontestables de la navigation dès la fin du XVe siècle, les marins trouvaient toujours avantage à perdre le moins souvent possible les côtes de vue.

C’est donc très vraisemblablement « l’affaire Sampajo » qui aurait poussé Pedro de Mascarenhas à tenter de rentrer à Lisbonne par la voie la plus rapide, la plus directe, évitant le contour par le canal du Mozambique « en suivant les itinéraires des navigateurs arabes » (p. 17-18), et ainsi, éviter par la même occasion les pièges éventuels que Sampajo aurait pu avoir tendus sur sa route. De là cette date du 9 février 1928.

L’hypothèse Visdelou-Guimbeau

Sur les pages 24 et 25 de son ouvrage, Visdelou-Guimbeau énumère la liste impressionnante des « erreurs » commises par ses prédécesseurs dans l’établissement de la date de la découverte des Mascareignes, liste dans laquelle figure évidemment notre Isodore Guët.

Visdelou-Guimbeau, comme l’illustre d’ailleurs la forme de son ouvrage, composé de chapitres courts, de nombreuses cartes et appendices, n’a pas voulu faire de la découverte des Mascareignes une épopée de la Renaissance, et l’annonce de l’héroïsme colonial. Les îles qu’on rassemble sous le nom de Masacareignes, selon lui, n’ont pas été découvertes par un seul homme, mais bien par plusieurs navigateurs, et elles ont parfois bénéficié d’un nom de saint, parfois de celui d’un capitaine, à l’occasion celui d’un pilote. Les îles ont été aperçues par les navigateurs à des dates qu’on peut déterminer avec précision, même si les annotations hésitantes des auteurs de portulans ont brouillé les cartes, -- c’est le cas de le dire.

Ainsi, l’île de la Réunion (Santa Apolonia) aurait été aperçue en 1512 par Pedro Mascarenhas (p. 12) ; c’est l’île la plus haute, avec les 3000 mètres du  Piton des Neiges[10] ; l’île Maurice est découverte en 1510 ou 1511 par Domingos Fernandez (p. 15) ; enfin la troisième île est découverte par Diogo Rodriguez entre 1534 et 1536. Pour Visdelou, la fameuse île de Juan de Lisboa n’est qu’une simple erreur qui s’est reproduite de carte en carte, et qu’on voit fort bien figurer encore dans la carte de Mercator Hondius de 1607 (reproduite en planche 6).

Il n’y a donc pas « un » découvreur des Mascareignes, mais plusieurs, qui ne sont pas même tous des héros, mais parfois un simple pilote, et ce sont ces hommes qui ont attaché leur nom aux îles. Ainsi, on lit bien sur le portulan de Lopo Homem, à côté de ce qui est selon Visdelou l’île Maurice, avec ses petites îles adjacentes : « Yllias que achou domingos frz [Fernandez] piloto », ce nom bien trop long qui deviendra, nous en avons parlé plus haut, « Sirne » en 1563, puis Cirne en 1575, avant d’être baptisée Mauritius par les Hollandais qui s’en emparent en 1598.

Pis : il faut encore faire des recherches pour exhumer les noms de ces baptiseurs involontaires. Il y a deux pilotes Domingos Fernandez qui ont navigué à l’époque de la découverte de Maurice. De même, il y a eu deux Diogo Rodriguez, l’un écrivain de marine, l’autre capitaine. Enfin, il y a, dans la famille des Mascarenhas deux hommes qui ont été confondus par les historiens : Dom Pedro Mascarehas, et Pero Mascarenhas. Confusion d’autant plus excusable que si Pero Mascarenhas, dit Don Pedro Mascarenhas, a été empêché d’être nommé vice-roi des Indes par la fourberie de Sampayo[11], son gendre Pedro Mascarenhas est effectivement devenu roi des Indes en 1554-1555.

Qu’on se rassure cependant, c’est bien des deux le héros, le vainqueur de Bintam, qui a découvert l’île de la Réunion[12]. Mais c’est, selon Visdelou-Guimbeau abusivement, et par une sorte de contamination onomastique que son nom s’est emparé des autres îles.

Si l’idée d’un ensemble d’îles appelées Mascareignes ne date que du début du XIXe siècle, et, paradoxalement, après que Bourbon et Maurice eurent été séparées par les traités de leurs puissances tutélaires, Visdelou-Guimbeau ne cherche pas, contrairement à Guët, à justifier par des considérations historiques lointaines une unité toponymique qui n’appartient qu’à l’époque contemporaine. Point n’est besoin de héros, il suffit d’un capitaine, voire d’un pilote. À quoi bon mener une enquête dès lors que les matériaux sont friables, les documents sujets à caution. La cartographie progresse, certes, mais à tâtons, et dans les débuts elle est encore sujette à secrets, à dissimulations, puisque la valeur des portulans n’est pas anodine, et qu’elle ne saurait se partager entre puissances rivales. Les historiens se succèdent et se trompent. Don Pedro Mascarenhas est dépossédé d’une grande part de sa découverte, et, à l’occasion, confondu avec son gendre, autre Pedro Mascarenhas.

Visdelou-Guimbeau est un passionné de cartes anciennes, un historien qui ne veut rien prouver, un amateur de faits vrais, un savant myope sous le regard duquel le monde n’a que des réalités dont l’ajustement n’est pas une priorité. Tandis que Guët synthétise et réarme le sens de l’histoire, nous invite à comprendre un monde dont la conquête, c’est-à-dire la maîtrise est assurée, son successeur a déjà basculé dans une histoire postcoloniale. Chez le premier, il n’y a que du hasard, chez le second il y a un destin.

Il n’est pas selon nous innocent que dans sa préface à La Découverte des îles Mascareignes, Auguste Toussaint évoque, à propos du travail de Visdelou-Guimbeau, les « auteurs » ou les « historiens » coloniaux. Il s’excuse d’utiliser cet « adjectif démodé, mais qui n’a pas encore été remplacé » (p. VIII). Toussaint, implicitement, nous montre bien que, en ces années qui suivent la seconde guerre mondiale, une sorte de trou d’air a affecté l’histoire. Les grands voiliers des temps héroïques se sont immobilisés. Les recherches érudites comme celle de Visdelou sont d’autant plus précieuses qu’elles sont devenues difficiles. Si le grand vent de l’histoire coloniale a cessé de souffler, il ne reste plus que de « petits pays [où] les recherches de ce genre […] sont encore considérées […] comme un luxe inutile ».

L’invention des Mascareignes n’est plus désormais qu’une commodité à l’usage des géographes.

Conclusion

On a noté que l’enquête sur la découverte des Mascareignes n’a pas commencé avec Isodore Guët, et ne s’est pas achevée avec Visdelou-Guimbeau. Ce qui l’a fait sinon progresser, du moins rebondir, c’est la découverte, ou la redécouverte de cartes anciennes inconnues ou inaperçues au XIXe siècle et encore au début du XXe[13]. On ne voit pas qu’une telle enquête puisse s’arrêter un jour définitivement.

Si l’on considère, rapidement, et à titre d’exemple, le travail de North-Coombes (1978), on s’aperçoit que, les enquêtes se succédant, elles ne justifient d’être publiées que dans la mesure où elles remettent en cause les résultats des précédentes. Ainsi, le nom de Santa Apolonia, pour cet auteur, ne signifie pas nécessairement que l’île a été découverte le 9 février, car il arrivait aux Portugais, comme on l’a vu d’ailleurs, de donner aux terres nouvellement découvertes, non seulement le nom du saint du jour, mais parfois le nom du capitaine du navire, ou du pilote, ou encore le nom du navire qui porte lui-même souvent un nom de saint ou de sainte.

Autre apport de North-Coombes qui n’est pas à négliger, c’est cette distinction subtile mais incontournable : une chose est de voir, d’apercevoir une île, une autre de la « découvrir », c’est-à-dire en somme la prendre suffisamment en considération pour tâcher d’en relever la position, voire de la décrire, et d’en faire un rapport aux autorités compétentes de Lisbonne. Ainsi, North-Coombes pense-t-il que la Réunion a été découverte en 1516 par un navigateur inconnu, Maurice en 1516 par le pilote Domingos Fernandez ; quant à Pedro Mascarenhas, il a vu les deux îles en 1516, mais ce n’est pas lui qui les a découvertes…

Est-ce l’effet d’une déconstruction de l’histoire, à l’époque du postmodernisme ? un inconnu découvre une île tandis que le héros qui lui a laissé son nom n’a fait que l’apercevoir ? la recherche des origines  ne peut-elle en s’affinant, en s’approfondissant que nous mener dans les mers de l’incertitude, nous ramener à l’inconnu du temps de Ptolémée ?

En réalité, l’enquête historique, ou du moins ce type d’enquête qui en constitue la forme érudite, une sorte de sous-genre historique parfois traité avec condescendance par les universitaires, conserve un intérêt littéraire indéniable. Elle participe moins du progrès scientifique, que d’une forme originale qui consiste à poser à l’horizon de la recherche dont on décrit les finesses et les arguments un objet de toute manière indécidable (ici la découverte des Mascareignes). C’est dans la visée de cet objet au bout du compte fictif cet horizon par définition inattingible que se construit ce type de discours historique, indéfiniment renouvelable, à laquelle l’ajout d’un nouvel épisode est toujours possible et même attendu.

C’est ici que nous pouvons revenir à notre point de départ : à partir de quelle date précise, et sous la plume de quel auteur pourrait-on trouver l’usage du mot Mascareignes pour désigner plusieurs îles ?

Annexes

 

Johannes Ruysch, 1508

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Diego Ribero 1529

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 Alberto Cantino 1502

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Lopo Homem

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Peidro Reinel 1517

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Pedro Reinel 1518

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Lopo Homem 1519

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Anonyme Wolfernbüttel 1538

 

Bibliographie

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Flacourt, Étienne de. Histoire de la grande Isle de Madagascar composée par le sieur de Flacourt,... avec une relation de ce qui s'est passée les années 1655, 1656 et 1657 non encore veuë par la premiere impression [de 1658]. Paris Chez Gervais Clovizier au Palais sur les degrez en montant pour aller à la saincte chappelle, 1661,  471 p.

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Guët, M. I. Les origines de l'île Bourbon et de la colonisation française à Madagascar. Paris C. Bayle, 1888,  XLVII-303 p. p.

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McGuirk, Donald L. Jr. "Ruysch World Map : census and commentary." in Imago Mundi, 1989, 41, n° 1989, p. 133-41.

North-Coombes, Alfred. La découverte des Mascareignes par les Arabes et les Portugais. Port-Louis: Service Bureau, 1979,  175 p.-14 f. de pl. p.

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Vindt, Gérard. Le Planisphère d'Alberto Cantino. Editions Autrrement, 1998,  p.

Visdelou-Guimbeau, Georges de. La Découverte des îles Mascareignes. Port-Louis, Ile Maurice, General Print. & Stationery Co., 1948,  xii, 65 p.

 

 

 

 



[1] Le Trésor de la Langue française nous précise qu’un archipel est un ensemble d’île disposées en groupe. D’une certaine manière c’est seulement en tant qu’archipel que les Mascareignes peuvent être regroupées sous un seul nom.

[2] « C’est ainsi qu’il faut appeler collectivement, d’après le navigateur portugais Mascarenhas qui les découvrit en 1545, l’île de Bourbon ou la Mascareigne proprement dite ; l’île de France, nommée Cerne par les Portugais, et Mauritius ou Maurice par les Hollandais et les Anglais, l’île Rodrigue et l’île Cargados qui complète cet archipel » (p. 721).

[3] Malgré l’inconvénient qui en résulte pour la cohérence de cet exposé, nous conserverons les orthographes parfois divergentes des deux auteurs concernant les dénominations des lieux.

[4] La bibliographie des auteurs ayant spéculé, chacun à sa façon, et en obtenant des résultats divergents, sur les dates de la découverte des Mascareignes occupe les pages 153 à 163 de l’ouvrage de North-Coombes. C’est dire que nous avons délibérément choisi les textes qui nous ont paru, parmi de nombreuses tentatives souvent partielles ou répétitives, les plus significatifs. Notre choix, évidemment, nous appartient. A la page 55 de son ouvrage, North-Coombes reconnaît qu’à la suite des nombreux textes qu’il a pu collationner et résumer, « le côté historique reste confus et n’a pas évolué ». De là notre idée d’aborder cette question par un autre côté.

[5] Sur le planisphère de Ruysch, voir McGuirk, 1989. Carte en annexe. Source : http://bell.lib.umn.edu/index.html

[6] Sur ce dernier point la démonstration est peut-être un peu embarrassée : « On doit vraisemblablement aux copistes anciens les diverses transformations que ce dernier nom a subies, avant sa forme définitive. Domigo Friz, qui figure sur presque toutes les cartes postérieures, Roïz ayant été lu pour Friz : c’est la même désinence et le même nombre de lettres, et Diego pour Domigo, à cause de la communauté d’abréviations fondues en Dogo (et parfois en D°). Par interversion enfin, on a obtenu Roïz-Diego qui a donné Rodrigue. Et, au surplus, dans les mots Diego-Roïz et Domigo-Friz, on a tout ce qu’il faut pour composer Rodrigue. Les effacements amenés sur les cartes par le temps, et les interprétations par à peu près, qui en proviennent, doivent aussi entrer en ligne de compte dans ces transformations (ibid) ». « Friz » est une abréviation pour Fernandez, « Roiz » pour Rodriguez, ce que ne pouvaient pas ignorer les cartographes portugais. Il n’en est peut-être pas de même des autres.

[7] On pourra à ce sujet lire avec profit le roman historique de Gérard Vindt (1998).

[8] Si, comme on le constate, les corruptions sont nombreuses chez les cartographes, elles le sont d’autant plus qu’il s’agit de noms non européens. Noorth-Combes (1979, p. 27) propose de lire sur ce portulan : dina morare pour l’île du nord, dina aRobi pour celle de l’est et diba margabim pour celle du sud.

[9] Ce que confirme l’ouvrage de Noorth-Combes (1979)

[10] Cf. « Extraits des Mémoires de François Martin » (1665-1668) in Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, tome 9, p. 444 : « L’île de Mascareigne peut avoir 60 lieurs de tour, elle est fort montagneuse, en sorte que, d’un temps clair, l’on peut [la] découvrir de 25 à 30 lieues en mer ».

[11] Visdelou-Guimbeau a reproduit au début de son ouvrage un portrait de Pero Mascarenhas enchaîné.

[12] Alfred North-Coombes, injustement à note avis, prétend que Guët a formé une sorte de « salade russe » de la biographie des deux hommes (p. 42).

[13] Voir sur ce point North-Coombes, p. 59.

Mise à jour le Jeudi, 04 Février 2010 23:25
 
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